Accès aux soins en Occitanie : “Le pire est à venir” selon les médecins

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Le manque de médecins n’est plus un problème réservé aux zones rurales. Les projections ne sont pas optimistes pour les dix prochaines années.

Accès aux soins sur tout le territoire. C’est un sujet régulièrement remis sur la table et qui n’est plus le seul problème des communes rurales. Aujourd’hui, il y a une pénurie de médecins partout, surtout de médecins généralistes. « Dans cinq ans, 30 % des médecins basés en Occitanie prendront leur retraite. Nous sommes à l’aube de la tempête et le pire est à venir pour les dix prochaines années, notamment dans les zones périurbaines qui verront l’arrivée massive d’habitants mais pas de soignants », déclare le Dr Jean-Christophe Calmes, président de la médecins libéraux au sein de l’Union Régionale des Professionnels de Santé (URPS Occitanie).L’organisation vient de publier une vaste enquête sur les difficultés d’accès aux soins en médecine générale en Occitanie, en lien avec les travaux de zonage de l’Agence Régionale de Santé (ARS Occitanie) .

60% des médecins généralistes estiment ne plus pouvoir accepter de nouveaux patients

Au-delà des statistiques brutes (un tiers des médecins généralistes en Occitanie ont plus de 60 ans ; un tiers des médecins généralistes libéraux exercent en zone urbaine dense, un tiers en zone intermédiaire et un tiers en zone rurale), il apparaît que le nombre de consultations par habitant diminue sensiblement dans 80 % de la région et que 60 % des médecins généralistes ne se sentent plus en mesure d’accepter de nouveaux patients, quel que soit le territoire.

“Ce n’est pas qu’on ne veut pas soigner, c’est qu’on ne peut pas soigner”, résume le Dr Jean-Christophe Calmes pour qui la médecine ne peut répondre à la demande qu’à la seule condition “qu’elle soit réformée et qu’elle travaille en lien avec élus, représentants des territoires concernés, usagers et professionnels de santé”. “Nous avons besoin d’élus pour nous aider, notamment sur la question des loyers et des locaux. Mais n’avançons pas de manière désordonnée ! Il ne suffit pas de mettre à disposition des places pour eux de faire le plein de médecins. L’attractivité du territoire est importante, surtout pour les conjoints de médecins, pour leurs familles. Il faut aussi se pencher sur la constitution d’une équipe autour du médecin pour la délégation de certaines tâches”, analyse encore le médecin.

« Ne parlons pas de désert médical mais de désert territorial »

Du côté de l’ordre de la profession, le constat est identique. « Je suis opposé à l’utilisation du terme désert médical. Quand il n’y a pas de service public, de commerces, de lieux de culture, de lieux de soins, c’est un désert territorial ! », précise le Dr Jean Thévenot, président du conseil de l’Ordre des médecins pour l’Occitanie. Certes, la coercition ne fonctionnera pas.

« Si on oblige les jeunes médecins à s’installer dans des régions où ils ne veulent pas aller, ils changeront de spécialité ou de métier. Mieux vaut susciter l’envie que rendre obligatoire et aménager des terrains d’entraînement en cours d’entraînement. Certains territoires de l’Aveyron y sont parvenus en favorisant les stages pour les stagiaires, en facilitant leur hébergement et en travaillant sur le réseautage et l’attractivité », poursuit Jean Thévenot, attentif à la politique initiée par la Région Occitanie. « Ouvrir des centres médicaux avec des médecins salariés, comme le fait la Région, est une des solutions. Mais il faut être prudent et se poser la question du territoire dans lequel on les installe et voir, par exemple, qui prendra les patients en surnombre après 18 heures ».

Former au besoin

Quant à la délégation des tâches, Jean Thévenot reste prudent : « A chaque métier ses compétences, il y a des carences évidentes dans toutes les spécialités mais aussi la souffrance et le mal-être et pas seulement chez les infirmiers et les soignants. . C’est toute l’organisation des soins qu’il faut repenser, c’est toute la population qu’il faut accompagner et les universitaires qu’il faut mobiliser pour qu’ils forment, non pas le nombre de médecins qu’ils peuvent former mais le nombre qui correspond à un besoin estimé ».

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