Avant la présidentielle, la presse étrangère dépeint une France plutôt prospère mais xénophobe – Libération

Élection présidentielle 2022dossier

A J-5 du premier tour, radiographie d’un pays où “il fait bon vivre”, selon pas mal d’indicateurs économiques, mais où l’extrême droite et “l’obsession du grand remplacement” rongent la société.

“Comment est la France?” Sous le titre de cette chronique se cache Richard Werly, correspondant du quotidien suisse le temps à Paris. Dans un éditorial récentil a noté que “La colère des Français planera sur les urnes le 10 avril”. Éruptif, France ? Comme Werly, les journalistes étrangers sont nombreux à prendre le pouls du pays dans cette dernière ligne droite avant le premier tour de l’élection présidentielle.

Fin mars, la Fois Les Britanniques sillonnent les vignobles de Bourgogne, et s’arrêtent à Tonnerre, dans l’Yonne. je ne “île du déclin”, précise le quotidien britannique. Une usine de magnétoscope qui employait 1 300 personnes a fermé en 2002. Une cimenterie et une laiterie aussi. Pascal Rousselet, 52 ans, ouvrier viticole, dit qu’il votera pour Zemmour. “C’est juste pour s’opposer à Macron”il a dit à Fois.

A Bohal, dans le Morbihan, le quotidien canadien le devoir a rencontré l’ancienne figure des gilets jaunes Jacline Mouraud. “Ce n’est pas normal qu’on ne puisse pas vivre de notre travaildit celui qui a depuis rejoint Zemmour. Pour cela, il faut rapatrier les milliards qui ont été dépensés depuis 40 ans dans les banlieues peuplées d’immigrés, alors que nous n’avons rien. Bohal symbolise, selon le devoirce « La France qui se sent abandonnée […] loin des cercles du pouvoir parisien ».

« Un jour, ça va exploser »

A Prades, le fief du Premier ministre dans les Pyrénées-Orientales, Gilbert Anglès, 59 ans, compare la France à un “cocotte minute”. “Un jour ça va exploser, les gens vont se révolter”prédit cet ami de Jean Castex au Soirée. “Qu’il soit ou non originaire de la région, Castex reste un énarque”, balancent de leur côté quatre jeunes couvreurs. Aucun d’entre eux ne votera pour le président. le “échos” que le village de 6 000 habitants renvoie sont “plus sombre que les cartes postales de paysage”, rapporte le quotidien belge.

A la veille d’élire son nouveau président, la France est-elle “baril de poudre” mentionné par le Frankfurter Allgemeine Zeitungun quotidien conservateur allemand ? L’économiste retracé fin mars le “graines de mécontentement” dans une France “meurtri”. Dans le bassin minier nord, Emmanuelle Danjou, directrice commerciale, tracte ainsi pour Zemmour. A l’hebdomadaire britannique, elle déclare : “Nous avons perdu nos valeurs, nous démantelons notre pays, notre histoire.” L’auteur maurrassien, selon elle, “dit tout haut ce que beaucoup de Français pensent tranquillement”.

“Campagne atonique”

2 avril, jour de Macron meeting à La Défense Arenala Gardien s’est intéressé pour sa part au bilan économique du président sortant. « Moins d’inflation, de meilleurs emplois… en France, il fait bon vivre », titrait le quotidien britannique. L’article a été largement relayé par la macronie. En particulier, il énumérait le niveau d’inflation – “l’un des plus bas de l’Occident industrialisé” -, la “bouclier tarifaire”investissement des entreprises, etc. Mais dans ce “campagne lente”dit le quotidien espagnol Le paysces indicateurs plutôt positifs affecteront-ils les électeurs ?

Plus que le désintérêt des électeurs et le risque d’une abstention historique, la presse étrangère décrypte la progression de l’extrême droite ces dernières années. Et notamment la banalisation de Marine Le Pen. “Les gens pensaient que Marine était méchanteexpliquer à Gardien Elisabeth, 68 ans, femme de ménage retraitée vivant à Marseille. Maintenant, ils réalisent que ce n’est pas le cas.” L’image “adouci” de la fille de Jean-Marie Le Pen ne fait plus peur, même si “la campagne présidentielle a été la plus extrême de l’histoire de la France moderne”note le quotidien britannique.

“L’angoisse existentielle”

Dans une longue analyse intitulée “le tournant de l’extrême droite française”la New York Times décortiqué fin mars l’alliance entre Eric Zemmour et Marion Maréchal. Les deux auraient “a forgé une politique de vengeance qui reflète un changement notable dans l’humeur du public”. Surtout, leur ligne catholique et identitaire, enrobée d’un vocabulaire renouvelé moins repoussant que l’ancienne rhétorique du Front national, aurait permis de gagner la bataille des idées dans le champ intellectuel. Et préfigurerait, après la présidentielle, la recomposition de la droite française.

Fin mars, en le tempsRichard Werly dépeint une France “obsédé” par la théorie raciste et fausse du « grand remplacement ». UNE “l’angoisse existentielle”, tournant autour de l’islam, de l’immigration, et relancé récemment par les commémorations des soixante ans de la fin de la guerre d’Algérie. Le journaliste suisse a conclu ainsi : “L’histoire ou l’implacable fabrique des obsessions.”

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