Energie : les bonnes affaires des entreprises russes en Allemagne – 11/04/2022 à 08:15

Les filiales des géants Gazprom et Rosneft sont des acteurs clés des infrastructures énergétiques allemandes (AFP/John MACDOUGALL)

Les filiales des géants Gazprom et Rosneft sont des acteurs clés des infrastructures énergétiques allemandes (AFP/John MACDOUGALL)

Prise à la gorge par sa dépendance au gaz russe, l’Allemagne s’est découvert un autre talon d’Achille : le poids du capital russe dans ses raffineries de pétrole, oléoducs et autres réservoirs de gaz.

Les filiales des géants Gazprom et Rosneft sont des acteurs clés des infrastructures énergétiques du pays.

Les dirigeants politiques et économiques allemands se retrouvent “devant les ruines” d’une coopération avec la Russie longtemps perçue comme le garant d’une détente avec le régime de Vladimir Poutine, observe le magazine Spiegel.

“Ils doivent se rendre à l’évidence, poursuit l’hebdomadaire : ils n’ont pas fait appel à des agents du changement à l’intérieur de la Russie, mais peut-être à des chevaux de Troie du Kremlin”.

– Réservoirs

Début avril, le gouvernement allemand a pris une décision inédite : prendre temporairement le contrôle de la filiale allemande de Gazprom, une mesure radicale justifiée par un opaque transfert de propriété de l’entreprise.

Le ministre de l’Economie a invoqué des questions “d’ordre public et de sécurité nationale”.

Importations de gaz russe par pays de l'UE en 2020, en térajoules (AFP/)

Importations de gaz russe par pays de l’UE en 2020, en térajoules (AFP/)

Et pour cause : propriété de Gazprom, le réservoir de Rehden (nord-ouest), en Basse-Saxe, représente à lui seul environ 20 % de la capacité totale de stockage de gaz de l’Allemagne.

D’une capacité de 4 milliards de mètres cubes de gaz, elle est présentée comme la plus grande d’Europe. Appartenant jusqu’en 2015 au groupe allemand BASF, il avait été vendu à la société Astora, filiale de Gazprom

Le groupe russe est soupçonné d’avoir délibérément maintenu son stockage bas durant l’été précédant l’invasion de l’Ukraine. Le réservoir de Rehden n’est plein qu’à 0,5 %.

Astora possède d’autres installations de stockage à Jemgum, à la frontière avec les Pays-Bas, et à Haidach, en Autriche.

Gazprom Germania détenait également une participation dans une grande installation de stockage dans une caverne de sel, non loin de Hambourg.

– Réseaux de distribution

Gascade, l’un des plus grands opérateurs de réseaux de distribution de gaz en Allemagne, est également détenu à 50,03 % par Gazprom-Germania.

Une station de réception de gaz de l'opérateur Gascade, en septembre 2021 à Lubmin, dans le nord-est de l'Allemagne (AFP/John MACDOUGALL)

Une station de réception de gaz de l’opérateur Gascade, en septembre 2021 à Lubmin, dans le nord-est de l’Allemagne (AFP/John MACDOUGALL)

L’entreprise décrit son réseau de 3 200 kilomètres de gazoducs comme « la plaque tournante du transport européen du gaz naturel ». Ses canalisations appelées Eugal, Midal, Stegal ou Weda acheminent la matière première vers les métropoles allemandes.

Sur son site internet, la société affirme agir en toute indépendance : “L’activité de transport de Gascade n’est soumise à l’influence du groupe Gazprom ni à celle d’aucun autre actionnaire.”

D’autres liaisons importantes telles que le gazoduc nord-européen NEL et le gazoduc Opal en mer Baltique sont détenues par la société Wiga transports, dans laquelle Gazprom Germania détient une participation de 49,98 %.

Le reste de Gascade et de Wiga Transport appartient au groupe allemand Wintershall Dea – qui appartient en tiers à l’oligarque russe Mikhail Fridman, désormais sous sanctions occidentales.

Avec une part de marché d’environ 20 %, Wingas, filiale à 100 % de Gazprom-Germania, joue un rôle de premier plan dans la distribution de gaz, notamment auprès des services municipaux, industriels et centrales électriques allemands.

La tutelle de l’Etat allemand sur les filiales de Gazprom est prévue jusqu’au 30 septembre. Pendant cette période, le gouvernement devra choisir entre la nationalisation et la vente à un nouveau propriétaire.

– Raffineries

La filiale Rosneft Allemagne du géant pétrolier russe prétend fournir un quart de toutes les importations allemandes de pétrole brut.

La raffinerie PCK de Schwedt, à l'est de Berlin, le 2 avril 2022 (AFP / John MACDOUGALL)

La raffinerie PCK de Schwedt, à l’est de Berlin, le 2 avril 2022 (AFP / John MACDOUGALL)

L’entreprise est propriétaire majoritaire de la raffinerie PCK à Schwedt, à l’est de Berlin. Ce site peut traiter environ 11,6 millions de tonnes de pétrole brut par an, ce qui correspond à environ 11 % de la consommation totale de pétrole de l’Allemagne.

Rosneft veut racheter la participation de 37,5% détenue par le groupe anglo-néerlandais Shell dans la raffinerie, portant sa part à 92%.

L’Office fédéral des cartels avait approuvé cette transaction quelques jours avant le déclenchement de la guerre. Le ministère de l’Economie examine actuellement si l’achat peut encore être arrêté.

Rosneft Allemagne détient également 24 % et près de 29 % des parts des grandes raffineries Miro et Bayernoil dans le sud de l’Allemagne.

Comme Gazprom dans le secteur du gaz, Rosneft est également l’un des plus grands distributeurs et logisticiens de pétrole. Selon le quotidien Handelsblatt, les sociétés du groupe approvisionnent 4.000 gros clients en Allemagne.

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