Jean Rondeau interprète les Variations Goldberg à la Cité de la Musique

Jean Rondeau interprète les Variations Goldberg à la Cité de la Musique

Nous avons assisté au récital du 11 avril donné par le claveciniste Jean Rondeau, qui joue le Variations Goldberg de Bach jusqu’au 15 avril à la Cité de la Musique. Prodige, il remet au goût du jour la musique baroque qui souffre d’une image poussiéreuse et rigoureuse. Une interprétation envoûtante de ces compositions de Bach, qui a suspendu le temps pendant 1h40.

Le tout sans entracte, nous tenant en haleine du début à la fin comme si nous étions au cinéma – les concerts classiques en ont la plupart du temps. Jean Rondeau s’est produit à la Cité de la Musique à Paris à l’occasion de la sortie de son album-interprétation des Variations de Goldberg en février 2022 (estampillé BWV 988), ensemble de 32 compositions exigeantes techniquement et pouvant parfois souffrir d’une image austère. Le nom original choisi par son compositeur était Aria avec quelques variations pour clavecin à deux claviers.

Il arrive sur scène avec son look reconnaissable : ses cheveux ébouriffés, sa barbe, sa tenue noire intégrale et ses larges épaules. Sorte de rock star du clavecin, il impressionne avec l’instrument et se fond avec lui comme le ferait un guitariste rock solo avec le sien. Musicalement dynamique, il a alterné dans sa carrière entre jazz, improvisation, classique, musique de film. Mais il est surtout connu pour son travail sur la musique baroque, ses interprétations de Bach et de Scarlatti. Le clavecin utilisé pour le concert, entièrement peint et décoré, a été construit par Andreas Ruckers en 1646 à Anvers. Il provient des collections historiques de la Cité de la Musique.

« Je considère qu’ils ont été écrits pour le silence, dans le sens où ils remplacent le silence ». Jean Rondeau, à propos de Variantes.

Ces Variations, connues à la fois pour leur sobriété et leur richesse musicale, ont inspiré des générations de compositeurs. Contemporains connus pour leurs lectures au piano pour lesquelles ils ont été réécrits et associés au mythe de Glenn Gould, Jean Rondeau restitue toutes ses lettres d’or aux sons du clavecin, l’instrument dans lequel ils ont été composés à l’origine et où s’épanouit l’interprète. La légende raconte qu’ils ont été composés pour le comte von Keyserling, un mélomane qui souffrait d’insomnie. Il est vrai qu’ils semblent avoir une vertu thérapeutique, un effet apaisant.

On découvre sur scène un interprète qui vit sa musique dans sa chair, faisant preuve de concentration et d’une grande virtuosité en enchaînant les phrasés, les canons, entrecoupés de pauses et de silences mesurés qui suspend les notes finales à sa convenance. Ses mimiques sont de la partie, tout comme ses inspirations profondes qui se lient aux notes. Il rend finalement la musique classique plus corporelle et humaine. Un moment suspendu notable avant de commencer sur leAria qui ouvre le récital – comme un acteur juste avant d’interpréter une pièce, on sent la tension et l’attente perceptible du public. Pour les non-puristes, c’est la pièce préférée d’Hannibal Lecter dans le Le silence des agneaux – comment Bach est intemporel. Cette densité sonore incomparable du clavecin ajoute un mystère encore plus grand que le piano – ne vous méprenez pas, ce dernier reste tout aussi magnifique.

On note la richesse musicale du répertoire de Variantes : avec des morceaux plus lents comme leAriaprécédant le Variante I ce qui accélère soudain le tempo. Une profondeur ajoutée par l’interprétation de Rondeau qui appelle à dire non, le clavecin est plus que le cliché de la superficialité aristocratique. L’exécution au tempo rapide de Variantes XIV, XX et XXVIII est largement à souligner. Puis retour au début, une belle conclusion avec un retour sur le thème deAria Démarrer (Aria de Capo), signifiant peut-être que ces variations ne finissent jamais.

Visuels : Jean Rondeau. © Mathias Benguigui

Leave a Reply

Your email address will not be published.