Jean-Yves Le Drian : “La force Wagner utilise les ressources propres du Mali”

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Au Mali, la junte au pouvoir est « l’otage des mercenaires de la société russe Wagner, affirme le ministre français des Affaires étrangères, qui précise que les relations entre Paris et Bamako sont au point mort. Jean-Yves Le Drian s’exprime également sur l’avenir du dispositif militaire français au Niger. Il répond aux questions de Roselyne Febvre de France 24 et de Christophe Boisbouvier de RFI.

RFI/France 24 : Y a-t-il un risque de famine dans certains pays du Sud avec la très grave perturbation du marché des céréales et que peut faire la France pour éviter la famine ? ?

Jean-Yves Le Drian : Il y a un vrai risque dans les céréales – à la fois le blé, le maïs, le tournesol – car l’Ukraine est un gros producteur et il est aujourd’hui difficile de cultiver en Ukraine. D’où les grandes craintes concernant la sécurité alimentaire dans un certain nombre de pays. Je pense aux pays du Moyen-Orient, d’Afrique en particulier. D’où l’initiative prise par le président de la République lors de la réunion du G7 à Bruxelles la semaine dernière, qui s’appelle l’opération “Ferme”, qui consiste à prendre des initiatives dans trois domaines différents. D’abord dans le domaine de la commercialisation, pour qu’il y ait plus de transparence, plus de fluidité sur les marchés, éviter le stockage, éviter la spéculation sur les céréales. Un mécanisme de solidarité, pour faire en sorte que les pays les plus en difficulté puissent être soutenus par des livraisons et que le Programme Alimentaire Mondial puisse faire son travail et ne pas faire l’objet de spéculation et de stockage pour pouvoir distribuer, puis aussi produire plus . Tous les pays sont encouragés à le faire. Ce triptyque, il est majeur, il est initié par la France, mais il est repris aujourd’hui par l’Union européenne pour que nous puissions être totalement unis et éviter ces risques, qui ne sont pas pour demain matin, mais qui sont malheureusement pour après-demain demain.

Depuis deux mois, Monsieur le ministre, les militaires maliens et miliciens présumés du groupe russe Wagner sont tenus pour responsables par les Nations unies et Human Rights Watch de graves exactions dans le centre du Mali. Confirmez-vous ou non cette information ? ?

Tous les éléments dont nous disposons, y compris les ONG qui ont enquêté sur le sujet, y compris les Nations unies, montrent qu’en définitive la présence de Wagner au Mali, c’est quoi ? Ce sont des exactions et la limitation des libertés publiques. Vous en savez quelque chose.

Vous faites référence à la suspension des émissions de RFI et de France 24 ?

Oui bien sûr. C’est le nouvel autoritarisme qui rend la junte au pouvoir quelque peu otage aussi sur ces points par la force wagnérienne. Ainsi Wagner, qui était réputé être une force de libération, est une force d’exaction et de prédation. Et en plus, ils utilisent les ressources propres du Mali. C’est pourquoi c’est très sérieux.

Il y a deux mois, l’ambassadeur de France à Bamako a été expulsé par les autorités maliennes. Est-ce que tout dialogue avec Bamako est rompu ou est-ce qu’Emmanuel Macron parle avec le chef de la junte malienne, le colonel Assimi Goïta ?

Ce gouvernement n’a aucune légitimité. C’est un gouvernement issu d’un coup d’état et c’est un gouvernement qui, pour l’instant, ne met pas en place les formes de reconnaissance légitime qu’il pourrait avoir du peuple malien. Nous travaillons avec la CEDEAO pour lutter contre le terrorisme car ce qui va se passer, c’est une réarticulation complète du système français et du système européen. Et que la décision de réarticuler, repositionner, réorganiser a été prise par les Européens et les Africains ensemble en février dernier. Non seulement les pays du Sahel, mais maintenant aussi les pays du Golfe de Guinée, puisque l’on assiste à des percées, une porosité de l’action des groupes terroristes au nord de ces pays.

La France va donc se redéployer au Niger. Au Niger, ne risque-t-on pas de se heurter au même problème qu’au Mali, c’est-à-dire un sentiment anti-français ?

Ce n’est pas du tout comme ça que ça va se passer. La France ne va pas se redéployer au Niger. Nous nous réorganisons ensemble. Quand je disais nous, c’était les Européens et les Africains, pour consolider les quatre piliers de ce qu’on appelle les accords de Ndjamena, c’est-à-dire à la fois la lutte contre le terrorisme, la formation des forces militaires des pays concernés, le retour des Etat aux régions reconquises et mises en valeur. Je vais à Madrid lundi prochain pour assister à la troisième réunion de l’Alliance pour le Sahel, afin de mobiliser des fonds pour ces pays. Nous allons nous réorganiser en fonction des revendications de chacun des Etats concernés, et dans la solidarité entre Européens et Africains. Ce n’est donc pas la France qui se réinstalle au Niger. Ce n’est pas ça. Au Niger, il y aura de la demande, mais européenne. Je dis européen.

► A lire, voir ou écouter : l’intégralité de l’interview de Jean-Yves Le Drian.

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