La BCE reste attentiste malgré une inflation record – 14/04/2022 à 15:49

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Siège de la BCE à Francfort, le 12 mars 2020 (AFP/Daniel ROLAND)

Siège de la BCE à Francfort, le 12 mars 2020 (AFP/Daniel ROLAND)

La Banque centrale européenne (BCE) a confirmé jeudi la normalisation de sa politique anticrise sans être pressée de remonter les taux malgré l’impact économique “sévère” de la guerre en Ukraine, notamment sur l’inflation.

A l’issue du Conseil des gouverneurs, sur lequel les observateurs n’attendaient pas de décision majeure, l’institut a réitéré son signal de mars en faveur de la stabilité des prix, annonçant que les achats nets d’actifs, réalisés dans le cadre de l’APP, prendront fin au “troisième trimestre”.

On s’attend toujours à ce que la première hausse des taux, qui était maintenue au plus bas jeudi, intervienne “quelque temps plus tard”, sans plus de détails. Et ce malgré une hausse record des prix dans la zone euro, qui a frôlé les 8% sur un an en mars – près de quatre fois l’objectif de 2% fixé par la BCE.

“Cela peut être en début ou en fin de trimestre, qui compte trois mois” et “le calendrier exact sera déterminé lors de la prochaine réunion” en juin, a expliqué la présidente Christine Lagarde.

L’institution de Francfort reste ainsi la plus attentiste des grandes banques centrales, alors que la guerre en Ukraine a fortement gonflé les prix avec des effets qui pourraient se faire sentir dans la durée.

Partout ailleurs, de Washington à Londres en passant par Séoul jeudi, les taux d’intérêt ont commencé à remonter pour lutter contre l’inflation.

Mais comparer les économies américaine et européenne, “c’est comme comparer des pommes et des oranges”, a justifié Mme Lagarde. “La zone euro est plus exposée et souffrira davantage des conséquences de la guerre.”

– “Colombes” contre “faucons” –

L’horizon économique considérablement assombri avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie complique la tâche de la BCE.

“La guerre en Ukraine affecte sévèrement l’économie de la zone euro et a considérablement accru l’incertitude”, a noté Mme Lagarde.

De nombreux pays de la zone euro pourraient connaître une baisse de leur PIB au cours des prochains trimestres.

Et un embargo européen sur le gaz russe aurait “un impact significatif” sur l’économie, note la Française.

De nouveaux confinements en Chine, comme à Shanghai, pour lutter contre l’épidémie de Covid-19 perturbent à nouveau le commerce maritime, augmentant la pression sur les chaînes d’approvisionnement.

Le débat au sein du Conseil des gouverneurs a alors opposé les « faucons » aux « colombes » : les premiers prônaient le maintien d’une politique monétaire accommodante pour ne pas mettre en péril la reprise économique face à une inflation qui échappait au contrôle de la BCE. .

Mais les faucons, partisans d’une approche plus stricte et prenant lentement le dessus dans le débat, voient le risque d’une inflation s’enraciner dans la durée avec le risque d’une pression accrue pour des hausses de salaires.

“L’inflation sous-jacente a dépassé les 2% ces derniers mois” mais la durée de cette hausse est “incertaine”, a relevé Mme Lagarde.

– Risque de dette souveraine –

A l’affût du moindre indice d’un ton plus agressif sur l’inflation, les observateurs ont décortiqué le vocabulaire de la BCE.

L’annonce des gardiens de l’euro était “légèrement plus affirmée” sur le moment de la normalisation monétaire, et “il faudrait désormais une récession sévère ou une forte baisse des prévisions d’inflation” pour empêcher la fin des rachats de dette, note Carsten Brzeski, économiste chez ING .

“Le parcours de la ‘normalisation monétaire’ a commencé”, a déclaré Mme Lagarde. “Ça se passe comme prévu… et nous voulons garder toutes les options ouvertes.”

Mais si l’institution de Francfort tergiverse, c’est parce qu’elle “a probablement besoin de plus de clarté sur les perspectives de croissance, d’inflation et de rendements obligataires”, selon Holger Schmieding, économiste chez Berenberg.

La BCE s’inquiète ainsi du risque de « fragmentation » au sein de la zone euro de 19 pays aux économies très disparates, qui se traduit par la hausse des rendements des emprunts d’Etat.

C’est le signe que les marchés s’apprêtent à être sevrés de liquidités après sept ans de rachats de dette par la BCE, puis à voir les taux remonter pour la première fois depuis 2011.

Si aucun nouvel outil n’est en préparation, “nous pourrions le faire” et “nous développerons tout instrument approprié”, a commenté Mme Lagarde.

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