la dérive autoritaire du président de la République Kaïs Saïed

Avec la dissolution du Parlement annoncée mercredi 30 mars, le président Kaïs Saïed est désormais seul maître à bord. Alors que plus de 120 députés organisaient une séance de visioconférence pour tenter d’exister, le président a décidé d’utiliser la voie forte, accusant les parlementaires de fomenter “un complot contre la sûreté de l’État.”

“Nous devons protéger l’Etat contre toute divisiondit Kais Saied. Nous ne permettrons pas que cette agression contre l’État se poursuive.”

Dans ce contexte, il n’est pas question d’organiser des élections législatives dans les trois jours, a ajouté le président tunisien, qui s’en tient à sa feuille de route : formation d’une commission chargée de travailler sur un projet de nouvelle constitution qui sera soumis à référendum en juillet prochain avant l’organisation des élections législatives en décembre. En attendant, pas une tête ne doit sortir !

Vie politique anesthésiée

Depuis juillet 2021, la vie politique tunisienne est anesthésiée. Le Parlement a été endormi. Depuis son palais présidentiel de Carthage, le président légifère par décret-loi. Avec le soutien de l’Egypte et des Emirats Arabes Unis, chantres de la contre-révolution, Kaïs Saïed a décidé de briser le dos politique d’Ennahda, le mouvement islamiste tunisien.

Le chef historique du parti, Rached Ghannouchi, 81 ans, a reçu une convocation de la justice pour l’interroger sur la tenue de la session plénière du Parlement, jugée illégale par les autorités.

Une atmosphère pesante s’abattit sur le pays. Les professionnels des médias publics tunisiens se sont mis en grève samedi 2 avril pour protester contre les tentatives du président Kaïs Saïed et de son gouvernement de contrôler leur ligne éditoriale et d’imposer des restrictions à la liberté de la presse.

Une expérience démocratique en danger

« La Tunisie est devenue un État autoritaire, emprisonnant et intimidant les journalistes »note Mohamed Yassine Jelassi, président du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT).

L’expérience démocratique entamée il y a une dizaine d’années avec la révolution du jasmin et la chute de Ben Ali semble désormais toucher à sa fin. La dérive autoritaire de Kaïs Saïed inquiète à la fois l’Union européenne et la France, et l’embarras est palpable. Plus de 24 heures après la dissolution du Parlement, il n’y avait toujours pas eu de réaction officielle du Quai d’Orsay.

L’ambassadeur de l’UE à Tunis, Marcus Cornaro, appelle à un retour à l’équilibre constitutionnel et aux institutions démocratiques. “Nous sommes pleinement conscients que la Tunisie traverse aujourd’hui une tourmente complexe, mais il existe des solutions pour stabiliser la situation prochainement”, a déclaré l’ambassadeur européen à Mosaïque FM.

La souffrance silencieuse des Tunisiens

Du côté de Washington, nous suivons la situation de près. “Les États-Unis sont profondément préoccupés par la décision du président tunisien de dissoudre unilatéralement le parlement et par les informations selon lesquelles les autorités tunisiennes envisagent d’intenter une action en justice contre des membres du parlement”, a déclaré le porte-parole du département d’État américain Ned Price lors d’une conférence de presse.

A quelques jours du mois sacré du Ramadan, la population tunisienne souffre en silence, l’économie est en grande difficulté, le tourisme, secteur pourvoyeur de devises et d’emplois, a été dévasté par la pandémie de Covid. L’inflation s’envole.

Que font les gens quand le kilo de mouton est plus cher à Tunis qu’à Marseille», s’interroge un diplomate occidental.

Les pressions inflationnistes sont également renforcées par la crise russo-ukrainienne via la hausse des prix internationaux de l’énergie et des produits agricoles largement importés. Autant dire que le ras-le-bol est général tandis que le pouvoir de Kaïs Saïed se durcit, comme un retour aux années Ben Ali.

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