Le programme Artemis to the Moon est clair, une bouffée d’air frais pour l’Europe ?

« Cette fois, il ne s’agit pas seulement de planter notre drapeau et de laisser notre empreinte. Nous établirons une base pour une mission sur Mars. Et peut-être un jour au-delà. Le 11 décembre 2017, Donald Trump, alors président des États-Unis, a remis la Lune au cœur de l’exploration spatiale américaine. Avec cet objectif, donné un an et demi plus tard par la voix de son vice-président, Mike Pence, de signer le retour de l’Homme sur notre satellite naturel à partir de 2024.

Très optimistes. Trop, estimé le 9 novembre Bill Nelson, ex-astronaute et chef de la NASA. Le programme Artémis, né de ce nouveau cap fixé par Donald Trump, n’a pas été abandonné. Il a même franchi une étape importante le 18 mars, avec l’arrivée sur son pas de tir, au Centre spatial Kennedy en Floride, de la fusée Système de lancement spatial (SLS). Le nouveau lanceur lourd américain devrait jouer un rôle central dans les missions Artemis.

Répétition générale le 3 avril

La fusée, avec à son bord le vaisseau spatial Orion, doit encore subir une série de tests. Le 3 avril, il s’agira notamment d’y charger plus de 3 millions de litres de carburant cryogénique et de répéter chaque étape du compte à rebours jusqu’aux 10 dernières secondes, sans déclencher les moteurs. La fusée sera ensuite vidée de son carburant pour démontrer un lancement avorté en toute sécurité.

Si ces tests sont concluants, il s’agira alors de passer au premier décollage vers la Lune. Ce sera la mission Artemis I, point de départ du programme. “Deux fenêtres de lancement sont avancées, entre le 7 et le 21 mai ou, plus vraisemblablement, entre le 6 et le 16 juin”, précise Philippe Deloo, responsable du programme “Module de service européen” (ESM) d’Orion chez l’Agence spatiale européenne (ESA). Très peu de temps après le décollage, le SLS se séparera de son étage supérieur, où se trouve Orion, et quittera le vaisseau spatial pour poursuivre son voyage vers la Lune. La durée du trajet est une autre inconnue à ce jour. Deux options sont sur la table en fonction de la date de lancement, précise Philippe Deloo. « Orion pourrait soit effectuer une seule fraction d’orbite autour de la Lune avant d’entamer un retour vers la Terre – la mission durerait alors 28 jours – soit une orbite complète plus une fraction d’orbite avant, à nouveau, de reprendre le chemin vers la Terre – pour un voyage de 42 jours. »

Un tour de chauffe avant un premier vol habité annoncé pour 2024

Artemis I sera vide, sans astronautes à bord d’Orion, conçu pour en accueillir un maximum de quatre. On peut alors voir cette mission comme un tour de chauffe. “Un test des systèmes propulsifs et des systèmes électriques du SLS et du navire Orion”, précise Philippe Deloo. L’ESA y portera une attention particulière. Et pour cause, la NASA ne se lance pas seule dans ce programme. L’Agence spatiale européenne est également impliquée, notamment dans la conception d’Orion. Si la capsule, où prendront place les quatre astronautes, est confiée à L’Américain Lockheed Martin, l’ESA est en charge, via sa société Airbus, du module de service de l’engin spatial : l’ESM. Un élément central, puisqu’il doit fournir l’air, l’eau, l’électricité mais aussi la régulation thermique et la propulsion nécessaires à la réussite des missions Artemis et à la survie des astronautes.

Schéma du vaisseau spatial Orion qui sera utilisé pour les missions habitées du programme Artemis.  Le module de service du navire est fourni par l'Agence spatiale européenne.
Schéma du vaisseau spatial Orion qui sera utilisé pour les missions habitées du programme Artemis. Le module de service du navire est fourni par l’Agence spatiale européenne. – @ESA

Cette première mission doit succéder à Artemis II, prévue au printemps 2024. Avec des astronautes à bord cette fois, mais sans encore atterrir sur la Lune. La mission consistera “uniquement” à amener un équipage d’astronautes américains et canadiens en orbite lunaire avant de revenir sur Terre. Il faudra donc attendre Artemis III pour voir des astronautes fouler à nouveau le sol lunaire. Une femme et une personne de couleur, prédit la Nasa. La date reste floue. Début mars, Paul Martin, inspecteur général de la NASA, évoqué 2026 au mieux. Quoi qu’il en soit, Artemis ne vise pas seulement à fouler à nouveau la Lune. L’idée est aussi d’installer, en orbite lunaire, la station spatiale Gateway. Il permettra d’enchaîner les missions vers la Lune et servira de base avancée sur la route de Mars. Pour le transporter et l’assembler, il faudra donc lui consacrer de nouvelles missions Artemis.

“Le seul programme qui n’est pas remis en cause par la situation actuelle”

De quoi donner du travail à long terme à l’ESA. Une bouffée d’air frais dans le contexte de tensions extrêmes avec la Russie, qui n’épargne pas le secteur spatial, jusqu’à provoquer un nouveau report de la Mission européenne ExoMars2020 ? “Artemis est le seul programme qui n’est pas remis en cause ni bouleversé”, a déclaré Didier Schmitt, coordinateur de l’exploration humaine et robotique à l’ESA. L’agence européenne a déjà été mandatée pour fournir six modules de services pour les six premières missions prévues. “Un contrat dont la valeur approche les 2 milliards d’euros”, précisent Philippe Deloo et Didier Schmitt. Et des discussions sont en cours pour la production de trois autres, pour Artemis 6 à 9. »

Surtout, la contribution européenne à Artemis ne se limite pas aux MES. ESA fournit également plusieurs modules de passerelle, y compris “I-Hab”, le module principal d’habitation de la future gare. Mais aussi « Esprit ». Ce deuxième module offrira des communications améliorées, des capacités de ravitaillement et même une fenêtre pour observer l’espace*, décrit l’ESA. Ces modules sont en construction par Thales Alenia Space, joint-venture entre le français Thales et l’italien Leonardo. Ils doivent être livrés en 2027, dans le cadre d’Artemis IV pour « I-Hab » et un an plus tard, lors d’Artemis V, pour Esprit.

Déjà trois billets pour Gateway for European astronauts

Cerise sur le gâteau, ces collaborations américano-européennes permettent à l’ESA de négocier des places sur les vols Artemis pour ses astronautes. Elle a déjà assuré trois vols à bord de Gateway et ne désespère pas d’en obtenir plus, notamment en échange de collaborations supplémentaires dans le cadre d’Artemis. Jusqu’à espérer qu’un Européen mette un jour un pied sur la Lune ? “Des négociations sont en cours”, a déclaré Didier Schmitt.

Leave a Reply

Your email address will not be published.