Tarik Haddi : “Les fonds de private equity marocains, une excellente opportunité…”

Présent aux Journées Maroc Capital Markets organisées par l’AMMC et la Bourse de Casablanca, à l’occasion de la clôture de l’Expo 2020, la semaine dernière, Tarik Haddi, président de l’Association Marocaine des Investisseurs en Capital, revient sur les atouts du capital investissement sur son rôle ainsi que sur ces perspectives.

Vous venez de rentrer de Dubaï, où vous avez participé aux Morocco Capital Markets Days organisés par l’AMMC et la Bourse de Casablanca, à l’occasion de la clôture de l’Expo 2020. Quels ont été les messages clés des opérateurs marocains pour attirer les investisseurs ? opérant depuis les Emirats Arabes Unis ?
Oui absolument. Notre Ministre de l’Economie et des Finances, notre Président de l’Autorité Marocaine du Marché des Capitaux (AMMC), les équipes de la Bourse de Casablanca et toutes les associations des opérateurs du marché marocain ont développé point par point les atouts de notre pays d’investissement. Je me suis concentré, pour ma part, sur les actifs qui génèrent des opportunités d’investissement à travers l’industrie du capital-investissement au Maroc.

A commencer par la stabilité politique et économique, portée par une coordination efficace entre la vision à long terme et les ajustements à moyen et court terme, grâce à une monarchie démocratique forte. Il y a aussi un enracinement en Afrique, un continent de 1,25 milliard de consommateurs (2,5 d’ici 2050), en pleine croissance économique, une proximité culturelle, économique et politique avec l’Europe, le plus grand marché commercial mondial. Sans oublier nos accords de libre-échange avec l’UE et les USA notamment. Il faut aussi ajouter des infrastructures de classe mondiale, l’environnement des affaires le plus compétitif d’Afrique, des plans d’accélération industrielle ambitieux et volontaristes, dans un large éventail d’activités économiques (ndlr : agriculture, agroalimentaire, automobile, aéronautique, textile, tourisme, pharmacie, logistique, énergies renouvelables, etc.).

Je me suis aussi penché sur la charte des investissements qui va porter la part de l’investissement privé à 2/3, contre seulement 1/3 actuellement. En parallèle, je me suis concentré sur l’écosystème de l’entrepreneuriat innovant, boosté par l’initiative Innov Invest du Ministère des Finances, soutenue par TamwilCom.

Ainsi, 500 start-up ont été financées et 1 500 emplois créés en moins de 4 ans. Le tout renforcé par des universités de classe mondiale telles que l’UM6P, orientées vers les économies de l’innovation. Je n’ai pas omis le cadre légal et réglementaire de la concurrence, conforme aux meilleurs standards internationaux, qui est placé sous la tutelle d’une nouvelle autorité indépendante aux larges prérogatives.

Je me suis également penché sur le Nouveau Modèle de Développement, qui vise à réduire les inégalités, notamment par de meilleurs systèmes d’éducation et de santé, le système monétaire et financier solide, l’un des marchés de capitaux les plus dynamiques de la région MENA et Afrique ainsi que sur le CFC, qui est le principal centre financier d’Afrique. Ces mêmes atouts ont permis au Maroc de réaliser, en 2021, la plus importante croissance économique de la zone MENA, tant en termes nominaux (+5,3%) que par habitant (+4%), selon les données de la Banque mondiale. J’ai également saisi cette occasion pour souligner le rôle de catalyseur, pour le capital investissement marocain, du Fonds Mohamed VI pour l’investissement, notamment à travers les sous-fonds sectoriels et thématiques qu’il soutiendra.

Les investisseurs présents étaient-ils sensibles aux réalisations du capital investissement marocain ?
Tout d’abord, les atouts du Maroc développés ci-dessus, créent les conditions de l’émergence d’un important pipeline de cibles d’investissement, pour les fonds de capital investissement opérant depuis le Maroc, notamment dans les secteurs porteurs de la santé, des services, de l’agroalimentaire et des biens de consommation, de la distribution et la logistique, l’éducation, les nouvelles technologies, l’automobile et l’énergie, notamment renouvelable.

Ensuite, nos interlocuteurs ont été sensibles à l’expérience croissante des équipes dirigeantes marocaines : près de 15 ans d’expérience et une vingtaine d’opérations en moyenne par salarié dans notre industrie, un rythme de levée de fonds de 2,5 milliards de dirhams (MMDH) par an, et des investissements record. en 2021, dans 30 entreprises pour un montant de 1,2 milliard de dirhams. A également été soulignée l’extension des étapes de développement ciblées par l’industrie, notamment au capital innovation (amorçage et capital risque), grâce au soutien de TamwilCom. La liquidité de cette classe d’actifs a également fait l’objet d’interrogations, et nos interlocuteurs ont été rassurés par les perspectives de sorties industrielles ou stratégiques, sur le marché secondaire ou en payback, en MBO ou en IPO, grandement facilitées par la qualité de l’environnement des affaires et l’essor du marché marocain des capitaux.

Enfin, la performance du capital investissement marocain a également été présentée. Avec un TRI brut de 13% et un multiple global de 2, pour la deuxième année consécutive, cette classe d’actifs devrait être particulièrement attractive dans l’environnement de taux actuel. Ainsi, les fonds de private equity marocains constituent une excellente opportunité de diversification pour les investisseurs institutionnels ou privés, sur des actifs stables à long terme avec des rendements élevés.

Cependant, cette performance récompense un risque particulièrement élevé, n’est-ce pas ?
Oui bien sûr, on ne parle pas de capital « à risque » pour rien. Mais ce risque est maîtrisé, grâce aux mécanismes intrinsèques au capital investissement et qui en font un instrument de financement sur mesure et de proximité. A savoir des équipes expérimentées, maîtrisant parfaitement l’environnement local, qui analysent les business models et challengent les business plans. Des processus décisionnels complexes appliqués avec rigueur, avec des comités d’investissement composés de membres indépendants experts des secteurs concernés par les investissements visés.

Et la due diligence externe est réalisée par des cabinets experts. Les procédures judiciaires sont menées par de grands cabinets d’avocats. Des termsheets puis des pactes d’actionnaires précisent les indicateurs clés de performance convenus avec la direction de la cible, les reportings mensuels, trimestriels et annuels à fournir, la représentation du fonds d’investissement dans les conseils et comités de la cible, les décisions majeures qui nécessitent un vote favorable du fonds, des clauses de liquidité facilitant la sortie du fonds, des clauses de gestion des conflits entre actionnaires et des clauses de sauvegarde des intérêts du fonds, notamment en cas de contre-performance impactant la valeur de sortie du fonds.

Les limites d’investissement, qui s’imposent aux équipes de gestion, garantissent notamment la répartition des risques dans le portefeuille d’investissement du fonds. Ces éléments sont renforcés par la conformité, le KYC, l’indépendance du dépositaire de titres, la gestion des conflits d’intérêts, et par des systèmes d’information et de contrôle interne, sous la tutelle de l’AMMC, aux fonds réglementés dits « OPCC ».

Quid du suivi rapproché des investissements
Enfin, un suivi rapproché des investissements, à travers un suivi rapproché des indicateurs clés de performance, permet un accompagnement efficace de la gestion par le fonds, pour les ajustements nécessaires face aux chocs endogènes et exogènes, comme lors de la pandémie de Covid-19. Par ailleurs, les études annuelles commanditées par l’AMIC démontrent, année après année, les impacts favorables du capital investissement sur les entreprises investies, à travers :
1. Améliorer leur structure financière, en renforçant les fonds propres et en améliorant la capacité d’endettement à long terme, et donc d’investissement ;
2. Le renforcement de leurs capacités institutionnelles et managériales, en matière de gouvernance, de pilotage, de contrôle de gestion, de formation du capital humain, de démarche qualité, etc.
3. La mise en œuvre des politiques RSE, en matière de protection de l’environnement, de transparence fiscale, d’égalité femmes-hommes, d’inclusion des jeunes, de conditions de travail, de protection sociale et d’éthique ;
4. Accélérer l’innovation et améliorer l’adaptabilité des modèles économiques, notamment par la migration sectorielle ou la transformation énergétique et numérique ;
5. Augmenter les capacités de production et renforcer la compétitivité ;
6. La conquête de nouvelles parts de marché, voire l’internationalisation des entreprises investies.
La meilleure illustration de ces externalités positives a été donnée en pleine crise pandémique : les entreprises investies en capital investissement ont enregistré une croissance de 1 % en 2020, alors qu’au cœur de la crise, toutes les entreprises marocaines ont connu en moyenne une baisse d’activité de 30 % et que le PIB s’est contracté de 6,3 %.

Quel intérêt aurait un investisseur étranger à investir au Maroc par le biais du capital investissement et non directement dans les entreprises cibles ?

Pour tout investisseur étranger, il est toujours préférable d’investir au travers de fonds gérés par des équipes locales, pour au moins deux raisons. En effet, il s’agit de diversifier les risques et d’optimiser les coûts de transaction et de suivi, en investissant dans des fonds multisectoriels ; et de bénéficier de l’expertise d’équipes dirigeantes marocaines parfaitement intégrées dans l’environnement local. Plus particulièrement, les primo-investisseurs au Maroc peuvent, avec des tickets bas, de l’ordre de 10 millions de dollars par exemple, investir dans des fonds de taille significative, intervenant dans plusieurs secteurs d’activité, pour mieux appréhender le marché. et saisir les opportunités d’investissement direct ultérieures, en particulier en mode de récupération.

Sami Nemli / Inspirations ÉCO


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