Tunisie: le chef du Parlement refuse sa dissolution par le président

#Tunisie : Le chef du Parlement tunisien Rached Ghannouchi a rejeté jeudi la décision du président Kais Saied de dissoudre l’Assemblée, affirmant qu’elle poursuivrait ses activités, pour sauver, selon lui, la démocratie dans le pays, berceau du printemps arabe.

“Nous considérons que le Parlement reste actif”, a déclaré Ghannouchi dans une interview à l’AFP. “Constitutionnellement, le président n’a pas le droit de le dissoudre.”

Mercredi, le président Saied a annoncé la dissolution du parlement, huit mois après l’avoir suspendu pour assumer les pleins pouvoirs en juillet 2021.

“Cette décision est nulle et non avenue et elle est inconstitutionnelle. Elle s’inscrit dans la continuité des décisions prises depuis le 25 juillet, que nous avons rejetées et considérées comme un coup d’État”, a déclaré Ghannouchi, également chef du parti d’inspiration islamiste Ennahdha, le principale force parlementaire et bête noire du président Saied.

Après avoir suspendu le Parlement et renversé le gouvernement en juillet, Saied a dissous le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) en février, une mesure qualifiée de nouvelle dérive autoritaire par ses détracteurs et qui a suscité des inquiétudes quant à l’indépendance de la justice. .

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En décembre, il a dévoilé une feuille de route pour sortir le pays de la crise avec des élections prévues fin 2022 ainsi qu’un référendum sur les amendements constitutionnels en juillet, mais une consultation populaire en ligne qu’il a lancée pour recueillir des propositions a été largement boudée par les Tunisiens. .

« Coexistence menacée »

“Le président a procédé au gel du Parlement puis à sa dissolution, il veut gouverner seul, ce qui revient à détruire le principe de la séparation des pouvoirs”, a déclaré Ghannouchi.

“La décision de dissoudre le Parlement menace la coexistence commune” en Tunisie, a-t-il ajouté.

Saied a annoncé la dissolution de la chambre quelques heures après la tenue d’une réunion virtuelle de 120 députés, à l’appel d’un organe directeur du Parlement, défiant la suspension décidée en juillet.

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Lors de cette plénière, 116 députés ont voté l’annulation des mesures exceptionnelles prises par Saied qui, selon eux, bloquent le processus démocratique et établissent un régime autoritaire dans le pays qui avait lancé le coup d’envoi du printemps arabe en chassant l’ancien dictateur tunisien. Zine el-Abidine ben Ali en 2011.

Les députés, dont des élus d’Ennahdha et des indépendants, ont également appelé à l’organisation d’élections législatives et présidentielle anticipées pour sortir de la crise politique et socio-économique.

Saied a qualifié la réunion de “tentative de coup d’État ratée”. Il a accusé les participants de « complot contre la sûreté de l’État » et a appelé la ministre de la Justice Leila Jaffel à intenter une action en justice contre eux.

“Ce sont des interprétations utilisées par ceux qui défendent le pouvoir individualiste et le retour à la dictature, mais en réalité, la réunion de l’Assemblée d’hier est légitime”, s’est défendu Ghannouchi.

Une information judiciaire a été ouverte jeudi contre les députés qui ont participé à la séance en ligne, a indiqué le ministère de la Justice à l’AFP.

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Plus de 30 députés ont reçu jeudi une convocation de la brigade antiterroriste, a indiqué Ghannouchi à l’AFP. “Traiter les députés élus comme des terroristes est dangereux”, a-t-il déclaré.

Ghannouchi a assuré qu’il mènerait avec ses partenaires “un combat national pour défendre la démocratie par tous les moyens pacifiques disponibles et autorisés”.

En plus de l’impasse politique, la Tunisie est aux prises avec une profonde crise socio-économique et discute avec le Fonds monétaire international pour obtenir un nouveau prêt.

La puissante centrale syndicale UGTT, qui avait critiqué la réunion virtuelle du Parlement, s’est félicitée jeudi de sa dissolution, estimant qu’elle était devenue un symbole de la “corruption politique” dans le pays.

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