Ukraine : l’UE avertit Pékin que le soutien à Moscou nuira à leurs liens économiques – 01/04/2022 à 21:48

Le Premier ministre chinois Le Keqiang en visioconférence avec la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, le 1er avril 2022 à Bruxelles (POOL/Olivier Matthys)

Le Premier ministre chinois Le Keqiang en visioconférence avec la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, le 1er avril 2022 à Bruxelles (POOL/Olivier Matthys)

L’UE a averti vendredi Pékin que tout soutien à Moscou pour contourner les sanctions occidentales nuirait à ses relations économiques avec l’Europe, son principal partenaire commercial, l’appelant à faire pression sur la Russie pour qu’elle mette fin au conflit en Ukraine.

“Nous avons clairement indiqué que la Chine ne devrait pas intervenir dans les sanctions (contre Moscou) sinon les soutenir”, a déclaré la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen après un entretien par vidéoconférence avec le président chinois Xi. Jinping.

Alors que Pékin refuse de condamner l’invasion de l’Ukraine, défendant son amitié “solide comme le roc” avec Moscou, l’UE veut dissuader la Chine de soutenir activement la Russie, en augmentant ses achats d’hydrocarbures ou par des aides financières.

Un tel soutien “ternirait gravement la réputation de la Chine en Europe”, où les entreprises “regardent comment les pays se positionnent”, a observé Mme von der Leyen, estimant que l’attitude de Pékin influencera “les décisions d’investissement à long terme”.

“Nous espérons que la Chine prendra en considération l’importance de son image internationale et de ses relations économiques avec l’UE”, a ajouté Charles Michel, président du Conseil européen, qui a participé au sommet virtuel.

Européens et Chinois sont interdépendants : l’UE absorbe 15 % des exportations du géant asiatique, qui lui fournit des produits manufacturés et des composants cruciaux. La Chine représente 10 % des exportations des Vingt-Sept, un marché clé pour les industriels européens, notamment allemands.

“Une prolongation du conflit, avec des perturbations de l’économie mondiale, n’est dans l’intérêt de personne, certainement pas de la Chine”, a martelé Ursula von der Leyen, jugeant que Pékin “doit prendre ses responsabilités pour amener la Russie à négocier la paix”.

Les Européens « cherchent à influencer le calcul stratégique des dirigeants chinois, en mettant en avant le coût économique qu’ils subiraient », observe Grzegorz Stec, de l’institut allemand Merics.

-“Facteurs de stabilisation”-

Le Premier ministre chinois Li Keqiang, qui s’est également entretenu avec les dirigeants européens vendredi, a réitéré que Pékin « s’oppose aux guerres chaudes et froides, bloque les divisions et refuse de prendre parti », selon Wang. Lutong, haut diplomate chinois.

Xi Jinping a appelé l’UE à “former sa propre perception de la Chine et à poursuivre de manière autonome sa propre politique envers” Pékin, selon un article de presse d’Etat chinois.

Pour le régime communiste, les Européens se sont laissé entraîner dans un conflit fomenté par Washington et qui a révélé les vulnérabilités de l’Occident.

Ultra-dépendante du gaz russe, “l’Europe s’est peut-être tiré une balle dans le pied en rejoignant les sanctions américaines”, a prévenu jeudi le quotidien nationaliste Global Times.

La Chine et l’UE, “en tant que grandes puissances, grands marchés et civilisations majeures (…) doivent apporter des facteurs stabilisateurs à un monde turbulent”, a ajouté Xi Jinping, selon le récit chinois, qui n’évoque qu’en passant “la crise ukrainienne”. .

-“Illusoire”-

« L’idée de détacher la Chine de la Russie est illusoire : lorsque la guerre en Ukraine sera terminée, l’attention des États-Unis se tournera prioritairement, et non dans un esprit amical, vers la Chine, qui a donc intérêt à maintenir sa coopération. » avec son voisin, tempère Sylvie Bermann, ancienne ambassadrice de France à Moscou et Pékin.

Le président du Conseil européen Charles Michel (l), le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell (d) et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen en visioconférence avec le Premier ministre chinois Li Keqiang, le 1er avril 2022 à Bruxelles ( PISCINE / Olivier Matthys)

Le président du Conseil européen Charles Michel (l), le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell (d) et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen en visioconférence avec le Premier ministre chinois Li Keqiang, le 1er avril 2022 à Bruxelles ( PISCINE / Olivier Matthys)

Et de rappeler que de nombreux pays (Inde, Pakistan, Afrique du Sud, Brésil, etc.) refusent également de critiquer Moscou.

Mercredi, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov, en visite à Pékin, avait obtenu une réaffirmation de l’amitié “sans limite” des deux pays face aux Etats-Unis, au nom d’un nouvel “ordre mondial multipolaire”: une vision qui inquiète sur l’émergence d’un bloc « autoritaire » contre l’Occident.

Dans ce contexte, “le danger est que la Chine +survende+ sa neutralité (sur l’Ukraine) pour obtenir des concessions, comme la reprise des négociations sur l’accord d’investissement” signé par Bruxelles et Pékin fin 2020 à l’initiative de Berlin, prévient Valérie Niquet de la Fondation pour la recherche stratégique.

La ratification de cet accord est aujourd’hui gelée par les sanctions de l’UE pour sanctionner le recours au travail forcé dans la région chinoise du Xinjiang et les contre-sanctions de Pékin contre les parlementaires et chercheurs européens. A cela s’ajoute le conflit dû au blocage par la Chine des importations en provenance de Lituanie après l’ouverture d’une représentation taïwanaise dans ce pays.

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