Un jeune Yazidie raconte le calvaire d’un Américain aux mains du chef de l’EI

2013 Daily Courier document photo de l'Américaine Kayla Mueller à Prescott, Arizona (THE DAILY COURIER/MATT HINSHAW)

2013 Daily Courier document photo de l’Américaine Kayla Mueller à Prescott, Arizona (THE DAILY COURIER/MATT HINSHAW)

Une jeune yézidie a déclaré lundi devant un tribunal aux Etats-Unis avoir vu le chef du groupe Etat islamique (EI) prendre en otage la jeune américaine Kayla Mueller “pour la nuit”.

Membre de cette minorité ethnique et religieuse persécutée par l’EI, Lia Mulla a livré un témoignage glaçant au procès d’El Shafee el-Sheikh, un djihadiste accusé d’avoir fait partie d’un trio spécialisé dans la capture et l’exécution d’otages occidentaux.

Kayla Mueller, enlevée en août 2013 en Syrie juste avant son 25e anniversaire, avait un temps été sous la tutelle de ces trois hommes à l’accent britannique, surnommés “les Beatles” par leurs prisonniers, ont raconté plusieurs anciens otages européens à la barre. qui l’a rencontrée en détention.

Lia Mulla l’a rencontrée un an plus tard après qu’elle aussi ait été capturée par des djihadistes de l’EI près des monts Sinjar, dans le nord-ouest de l’Irak.

Placée dans la même cellule que l’Américaine, elle dit avoir communiqué “essentiellement avec ses mains et quelques mots arabes”, mais uniquement en l’absence de leurs gardiens qui leur avaient interdit d’échanger.

Pendant environ une semaine, ils ont été prisonniers dans “une maison rouge”, sous le contrôle d’un couple, “Abou Sayef et Oum Sayef”. “Elle nous a traités comme des esclaves”, “il nous a terrifiés en nous montrant des vidéos de décapitation et en nous menaçant avec des armes”.

– “La sale maison” –

La situation s’est encore aggravée lorsqu’ils ont été transférés, avec une autre jeune femme yézidie, dans “la maison sale”, a-t-elle déclaré.

Le tribunal fédéral d'Alexandrie où se déroule le procès d'El Shafee el-Sheikh, le 5 avril 2022 en Virginie (AFP/SAUL LOEB)

Le tribunal fédéral d’Alexandrie où se déroule le procès d’El Shafee el-Sheikh, le 5 avril 2022 en Virginie (AFP/SAUL LOEB)

“Pourquoi tu l’as appelé comme ça ?” a demandé la procureure Alicia Cook. “Parce que c’est là qu’ils emmenaient les jeunes femmes pour les violer.”

Une nuit, le chef de l’EI, Abou Bakr al-Baghdadi, qu’elle a rencontré dans l’une de ses premières prisons et appelle “Abou Khalid”, “est entré” dans la cellule où dorment les trois femmes.

“Il a emmené Kayla pour la nuit”, a-t-elle dit. “Quand il l’a ramenée le lendemain matin, elle était très triste, nerveuse, pleurait.”

“Elle nous a dit qu’il l’avait violée et que si elle tentait de s’enfuir, il la tuerait.”

“C’est arrivé une autre fois”, a ajouté Lia Mulla, ajoutant modestement que des “femmes yézidies” avaient subi le même sort.

– “Dire au monde” –

Le jeune Yazidie décide alors de s’enfuir. Elle raconte son plan à ses deux compagnons de cellule, mais Kayla Mueller “a trop peur d’être décapitée” pour la suivre.

L’Américaine lui demande cependant, si elle s’en sort, de “dire au monde” ce qui lui arrive.

Lia Mulla parvient à s’échapper par une fenêtre. Par l’intermédiaire d’un ami de son frère, elle entre alors en contact avec des Américains. “Je leur ai dit qu’il y avait cette jeune Américaine détenue par l’Etat islamique… et tout le reste.”

Malgré ce témoignage, Kayla Mueller ne survivra pas à cette expérience.

Photo fournie par les Forces démocratiques syriennes du combattant de l'Etat islamique El Shafee el-Sheikh le 10 février 2018 (Forces démocratiques syriennes/Handout)

Photo fournie par les Forces démocratiques syriennes du combattant de l’Etat islamique El Shafee el-Sheikh le 10 février 2018 (Forces démocratiques syriennes/Handout)

En février 2015, l’Etat islamique a assuré à sa famille que Kayla avait été tuée lors d’une frappe aérienne menée par la Jordanie. Une explication qui n’a jamais convaincu les autorités américaines.

Sa mort, et l’exécution de trois otages américains mis en scène dans des vidéos de propagande, ont valu à El Shafee el-Sheikh, 33 ans, un procès aux Etats-Unis.

Déchu de sa nationalité britannique, il reconnaît avoir été djihadiste dans les rangs de l’EI mais nie avoir fait partie des “Beatles” malgré des interviews accablantes qu’il a données après son arrestation par les forces kurdes syriennes en 2018.

Après dix jours consacrés à l’accusation, ses avocats pourront présenter leurs arguments à partir de mardi après-midi.

S’ils décident de ne pas le faire et si l’accusé garde le silence, l’acte d’accusation et le plaidoyer pourraient avoir lieu mercredi matin. Les jurés se retireront ensuite pour délibérer.

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